Un sujet politique qui est d'abord une question biblique
L'immigration divise les sociétés modernes. Mais avant d'être un débat politique, c'est un sujet théologique — la Bible en parle plus de 90 fois. Et ce qu'elle dit est plus nuancé, plus exigeant, et plus dérangeant que ce que les deux camps du débat voudraient entendre.
La Loi de Moïse : une protection légale pour l'étranger
Dans le code législatif le plus ancien du monde biblique, l'étranger (ger en hébreu) bénéficie d'une protection légale explicite. Lévitique 19:34 est sans ambiguïté : « L'étranger qui séjourne parmi vous sera pour vous comme l'indigène ; tu l'aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers en Égypte. »
Notez la fondation de ce commandement : la mémoire. Israël doit accueillir l'étranger parce qu'il a été étranger. L'empathie historique comme fondement de la politique sociale.
Les prophètes : l'hospitalité comme test de justice sociale
Ézéchiel liste le traitement des étrangers parmi les crimes qui ont conduit Jérusalem à sa chute (Ez 22:7). Zacharie place le commandement d'accueillir l'étranger juste à côté de l'interdiction d'opprimer la veuve et l'orphelin (Za 7:10). Pour les prophètes, la façon dont une société traite ses membres les plus vulnérables — dont l'étranger — est le révélateur de sa santé spirituelle.
Ruth : la réfugiée qui devient ancêtre du Messie
L'histoire de Ruth est celle d'une femme moabite (étrangère par définition selon la Loi qui exclut les Moabites de l'assemblée d'Israël) qui suit sa belle-mère en exil et est accueillie avec grâce par Boaz. Cette étrangère intégrée finit dans la généalogie de Jésus (Matthieu 1). C'est une déclaration théologique : l'inclusion de l'autre fait partie du dessein divin.
Jésus : l'étranger comme test de foi
La parabole du Jugement dernier (Matthieu 25) est l'un des textes les plus cités sur ce sujet : « J'étais étranger, et vous m'avez accueilli. » Le Christ s'identifie à l'étranger sans domicile fixe, au réfugié qui a besoin d'un toit. La réponse à cet étranger est la réponse à Jésus lui-même.
La parabole du Bon Samaritain (Luc 10) va plus loin : le héros de l'histoire est précisément un étranger méprisé par la société juive. Jésus retourne la définition du « prochain » : ce n'est pas celui de ton groupe, c'est celui qui agit avec miséricorde.
Ce que la Bible ne dit pas
La Bible ne dit pas que les frontières sont illégitimes. Elle reconnaît les nations et leurs territoires (Actes 17:26). Elle n'interdit pas les lois d'immigration. Mais elle pose une exigence éthique sur la façon dont ces lois sont appliquées : avec dignité, avec justice, sans exploitation.
Elle dit aussi que l'étranger a des devoirs : respecter les lois du pays d'accueil est implicite dans le concept de ger — le résident légal qui vit sous la protection et les règles de la communauté d'accueil.
Conclusion : une exigence qui dérange tous les camps
La position biblique sur l'immigration dérange : elle exige l'hospitalité et rejette la xénophobie (ce qui gêne la droite nationaliste) ; elle reconnaît les frontières et les obligations mutuelles (ce qui gêne l'idéalisme de certaine gauche). La Bible a rarement le confort d'être instrumentalisée facilement par un seul camp.